Tribune : «Notre démocratie a besoin de plus de référendums et de consultations directes»

FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour Bruno Breton, l'analyse des réseaux sociaux montre le désir des Français de participer à la vie démocratique. Le gouvernement doit se saisir de cette opportunité pour permettre à la démocratie de se renouveler, ajoute-t-il.

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Les dernières élections législatives ont ôté au parti présidentiel la majorité de sièges qu’il détenait jusqu’alors. Cette situation ne cesse d’alimenter le débat sur la vitalité de notre démocratie. Or, un élément d’analyse fait pourtant défaut : la bascule à l’opposition et le surcroît de votes accordés aux partis extrêmes est le double révélateur – conséquence, et opportunité – du puissant désir de participation qui anime la société française.

La faille est profonde : depuis près de 15 ans, la maturité politique des Français – nourrie d’échanges, de débats et de dynamiques d’information extrêmement fertiles sur les réseaux sociaux – ne cesse de s’accroître alors que leur implication directe dans la vie de la cité diminue.

Facebook, le premier réseau qui a révolutionné le social media, a été créé en 2004 et c’est en 2005 qu’a eu lieu, en France, le dernier referendum à ce jour – sur la constitution européenne.

Facebook, le premier réseau qui a révolutionné le social media, a été créé en 2004 et c’est en 2005 qu’a eu lieu, en France, le dernier referendum à ce jour – sur la constitution européenne. Celui-ci s’est d’ailleurs soldé par un « non » – peut-être déjà en raison d’un déficit d’écoute, par les pouvoirs publics, des voix citoyennes qui s’exprimaient alors sur l’ancêtre des réseaux sociaux, « l’internet social » : peu ou pas de réponses à celles et ceux qui s’interrogeaient à l’époque sur les blogs et forums dédiés, mais des communications descendantes, par voie de presse traditionnelle ou de débats télévisés.

Depuis, les conversations sur les réseaux sont allées croissantes : aujourd’hui, 50 millions de Français y échangent, s’y informent, s’y impliquent chaque mois – et chacun d’eux dispose en moyenne de 5 à 6 comptes sociaux. Sur cette nouvelle agora, ils mesurent le poids de la parole politique au travers de mouvements sociétaux extrêmement puissants, comme #MeToo ou BlackLivesMatter sans oublier la déferlante des « Gilets jaunes » en 2019 où les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur en exprimant directement la frustration et d’un sentiment d’abandon d’une partie de nos concitoyens.

On comprend, aujourd’hui, l’absolue nécessité d’écouter et d’analyser le Social Media de façon approfondie et qualitative.

On comprend, aujourd’hui, l’absolue nécessité d’écouter et d’analyser le Social Media de façon approfondie et qualitative. Les outils technologiques existent pour cela et permettent de révéler de façon éclatante les préoccupations réelles des citoyens-salariés consommateurs. On y découvre, par exemple, que leur souci prioritaire n’est pas, contrairement à ce que semblent indiquer les sondages traditionnels, le pouvoir d’achat, mais la qualité de vie dans son ensemble, fondée sur des critères qui ne sont pas uniquement « matériels » mais qui relèvent aussi du sens donné à son travail, de l’environnement de vie, du lien social. On y note également que la première composante du bien-être, pour les Français, est la solidarité (première thématique la plus importante devant la santé, le bien être, et la consommation responsable ou 734 000 acteurs uniques actif qui génère 1,6 M d’engagement et 63% d’émotions positives.

On y redécouvre la puissance du local et l’attachement à la proximité avec des positions locales, même « vertes », rétives à l’implantation d’éoliennes, quand celle-ci est poussée par des associations environnementales nationales…

C’est sur les réseaux, aujourd’hui, que se joue la fabrique de la décision. Les partis extrêmes l’ont compris : le Rassemblement National a multiplié par cinq son activité sur les réseaux sociaux dans les derniers 18 mois, passant de 200 000 à 1,5 million de comptes actifs…

Chaque effort qui va dans le sens d’une consultation ou d’une pédagogie accrue rencontre un accueil suivi d’effets. Ce fut les cas du Grand Débat, lancé par la majorité présidentielle en réponse à la crise des Gilets jaunes. Même s’il n’a pas délivré des mesures effectives actant la teneur des échanges, il a confirmé la confiance en l’échelon local, notamment dans les mairies. Ce fut le cas également au début de la pandémie, alors que les médias traditionnels stigmatisaient des « antivax » vocaux mais numériquement minoritaires, les « pro-vaccins » croissaient de 30% en six mois sur Facebook parce qu’ils avaient été relayés par une pédagogie attentive du gouvernement.

La structure actuelle de l’Assemblée nationale exprime un fait massif : les citoyens attendent d’être consultés, écoutés, de participer à la vie civique. Interrogés sur les réseaux sociaux quant à leurs attentes sur le renouveau de la démocratie, les Français plébiscitent d’ailleurs, massivement, le referendum (première communauté en France sur le thème de la démocratie ou 824 000 acteurs uniques, 2 millions d’engagements, 88% d’émotions favorables et d’impatience ces derniers mois).  L’opportunité offerte à l’actuel gouvernement de réinventer les équilibres démocratiques est considérable. D’ailleurs, son porte-parole, Olivier Véran n’a-t-il pas également en charge le « Renouveau démocratique » ?

En convoquant de nouveau des referendum réguliers, ou en innovant par de nouvelles formes de consultations directes, il est urgent de saisir cette opportunité : « communiquer évite de se tuer », résume le sociologue Dominique Wolton. Pour éviter que notre démocratie n’implose, écoutons, dialoguons, co-construisons sans attendre avec les Français.

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